Precious Plastic Touraine, du plastique à l’économie circulaire

Créée en août 2020, l’association Precious Plastic Touraine informe le public sur la consommation de plastique et son recyclage. Nicolas Gomes, bénévole hyperactif, présente le tiers-lieu, à l’aube de son ouverture le 1er mars.

Au village des jeunes à Mettray, à côté de la chapelle, un bruit de broyeur s’échappe d’une des maisons en briques rouges. Seul le panneau “Métamorf”, au-dessus de l’entrée, indique la présence de l’atelier de transformation de plastique. Nicolas Gomes ouvre la porte sur une entrée spacieuse et lumineuse. Il est bénévole chez Precious Plastic Touraine, qui sensibilise le public à la consommation de plastique, et le recycle en objets. L’association, née en 2020, s’inscrit dans la communauté nationale et le mouvement mondial. Au-delà des canapés et fauteuils en cuir, une partie de la pièce est encore en travaux. Le tiers-lieu ouvrira le 1er mars, pour une inauguration début juin.

Encore en pleine installation, le lieu sera officiellement ouvert au public le 1er mars, avant deux jours d’inauguration début juin.

Sensibiliser, et recycler 

Juste à côté de l’entrée, des objets en plastique recyclé, fabriqués ici à l’atelier, ou par des partenaires, reposent sur un grand plan de travail : pieds de table, portes-savon, petites corbeilles et même une brique verte… Ils côtoient des fiches de présentation, des photographies et une cartographie répertoriant les Precious Plastic à travers le monde. Trois colonnes d’emballages, de bouchons triés devancent une armoire avec des bacs de paillettes de plastiques triés par couleurs, et deux étagères de livres de design de matière. 

Cet attirail sert à la transmission de connaissances. Lors d’accueils de groupes, ou de visites dans les écoles, les membres de l’association informent sur le “cycle de vie” du plastique, pour inciter à en consommer moins. C’est leur premier axe de travail, la transmission de connaissances. Ils montrent des solutions pour les plastiques dont on ne peut se passer, comme ceux utilisés dans les hôpitaux. « On commence à accueillir des groupes ici, explique Nicolas, en désignant les canapés et fauteuils en cuir, au centre de la grande pièce. On crée aussi un atelier mobile, pour se déplacer dans les écoles avec les machines. » Tous les mardis matins, ils accueillent les jeunes de l’ITEP (Institut thérapeutique éducatif pédagogique). Après une séance de tri des déchets sur une grande table à roulettes, et des explications, place à la pratique : « l’idée, c’est qu’ils puissent repartir avec leur mousqueton fabriqué en 2-3 secondes. »

Un bruit de broyeuse s’échappe du couloir menant aux ateliers. Le long de celui-ci, les fenêtres, simples trous dans les murs pour le moment, laissent apercevoir deux bureaux dans une pièce sur la droite, et une future salle de menuiserie, « pour les découpes ». De nombreux outils y sont entreposés, à côté de grandes plaques de plastique multicolores, appuyées sur un mur. Nicolas les désigne : « nous faisons beaucoup d’essais de transformation du plastique, c’est notre deuxième axe de travail : l’expérimentation. » Toujours dans une logique de durabilité : « on veut aller sur une durée de vie de 50 ou 100 ans. Des objets qui puissent être réparés, et toujours recyclables. »

Du plastique aux paillettes, des paillettes au nouvel objet

De l’autre côté du couloir, l’atelier rassemble les machines. Marie, casque antibruit sur les oreilles et masque de protection au visage, broie des barquettes noires. La jeune en service civique transforme ces déchets, fournis par la fondation d’insertion Amipi (Tours-Nord), en paillettes de plastiques. « Nous réduisons les barquettes en broyat, qui servira ensuite de matière première utilisée par les autres machines. »

Avec son grand levier, “l’injecteuse” sert à fabriquer des petits objets. Nicolas sort deux pièces circulaires en métal, le moule à mousquetons. Les paillettes sont chauffées et rendues presque liquides, puis versées par pression dans le moule. « Le mousqueton n’est pas un objet très durable, il a une visée essentiellement pédagogique. »

Un grand espace vide suggère l’absence d’une troisième machine : « c’est l’extrudeuse, elle sert aussi à créer des pièces, mais elle est équipée d’une vis et d’un moteur. » Les pièces fabriquées sont plus longues, comme des barres ou des pieds de table. La machine est à Polytech, l’école d’ingénieurs de l’Université de Tours, où l’association dispose d’un local. Des étudiants y effectuent des tests. Résistance, durabilité… Ils éprouvent aussi les produits finis, comme les pieds de table, pour trouver les plastiques les plus indiqués aux utilisations, ou inventer des formes plus adaptées. 

« Nous voulons devenir un lieu ressource sur l’économie circulaire « 

Nicolas Gomes, bénévole à Precious Plastic Touraine

Affairé, Christophe Lejarre, ingénieur et fondateur de Precious Plastic Touraine, navigue entre son bureau et l’atelier. Si Nicolas intégrera bientôt l’équipe salariée, Christophe est le seul en CDI pour le moment. Un noyau de six bénévoles vient très régulièrement donner son aide, et une quinzaine de personnes, plus ponctuellement. 

En septembre, la cinquantaine d’adhérents a été rejointe par 150 personnes pendant la campagne de financement participatif régionale Efferve’sens. La campagne a permis de réunir 13 000€, pour l’aménagement de l’atelier et l’accueil de stagiaires et service civique : « en plus du financement, ça a permis d’agrandir la communauté, » souligne Nicolas. Des associations, aux particuliers, en passant par les professionnels, la campagne a montré qu’il existe un besoin dans la région. 

Precious Plastic Touraine a pu acheter les machines grâce au budget participatif d’Indre-et-Loire, qui permet aux habitants de voter pour leurs projets préférés, soutenu ensuite par le département. Leur inscription dans le paysage local est très importante, notamment via le label des Fabriques de territoire, réseau de tiers-lieux. « Nous voulons devenir un lieu-ressource sur l’économie circulaire, et pas seulement le plastique. » Informer les interlocuteurs sur les différents leviers de l’éco-conception. « On veut devenir un lieu pérenne sur le sujet. »

Lisa Darrault

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LEJARRE
LEJARRE
3 mois il y a

très enrichissant et bravo à vous tous pour ce super projet

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