Les Vers de Tours : du lombricompostage à vélo

Depuis septembre, les Vers de Tours transforment les biodéchets des commerces, marchés et restaurants du centre-ville en compost, à l’aide de lombrics. Nous les avons suivis, de la récolte à vélo, à la transformation. 

A bord du vélo cargo, et de sa remorque jaune fluo, la petite équipe des Vers de Tours récupère les déchets organiques du centre-ville, deux fois par semaine. Ils revalorisent ensuite la matière, à l’aide de lombrics, sur un terrain vers Saint-Genouph. Vendredi matin, nous avons accompagné le bénévole Loïc Boureux, sur la petite vingtaine de kilomètres parcourue.

Grâce aux lombrics, chouchoutés par les membres de l’association, les déchets organiques se transforment en un compost presque décomposé en 7 jours.

8h30, le local, La Riche. Loïc charge les poubelles vides sur la remorque et à l’avant du vélo cargo. Un rituel qui se met en place peu à peu : l’activité de collecte a débuté en septembre. Pour le moment, ils sont quatre bénévoles à se relayer chaque semaine, les mardis et vendredis.  Des journées complètes et intenses : “La dernière fois, j’ai fait 40 km.” La remorque, conçue sur mesure par un artisan, peut porter jusqu’à 200 kg de déchets, auxquels s’additionnent 60 kg à l’avant du vélo. 

Accompagnés par Alter’Incub (l’incubateur d’innovation sociale en Région Centre), ils ont créé l’association en juillet dernier, et tenté dans la foulée les premières collectes. “Alter’incub nous a permis d’accélérer le processus. L’accompagnement nous a mis le pied à l’étrier. On a créé un réseau avec les associations similaires qui se montent dans la région, comme les Cycloposteurs à Orléans.” 

Avec le déconfinement, la demande se fait croissante, notamment du côté des restaurateurs. Pour assurer les collectes et en augmenter le nombre, l’équipe va s’agrandir dans les semaines à venir. 9h, Loïc termine de sangler les poubelles vides. Le départ se fait sous une légère bruine, direction le marché place Saint-Paul (au Sanitas). 

De la récupération à la transformation, en images

9h15, marché Saint-Paul.  Loïc dépose, à côté de chaque benne à ordure, une poubelle prêtée par la métropole. “On arrive trop tard. Souvent, les commerçants mettent leurs déchets en arrivant à 5h30…” déplore-t-il en jetant un coup d’œil au contenu des bennes. Une fois chaque poubelle disposée, un comptage des stands (17), et c’est reparti, direction la table de Jeanne-Marie, lieu d’accueil et de restauration qui vient en aide aux personnes exclues et familles en difficulté. Sur le trajet, le vélo cargo accroche les regards interrogateurs : “le matin c’est cool, on a des sourires ! Les gens ne sont pas encore habitués, ça interpelle”. L’harnachement fait 1m10 de long “c’est un peu le permis poids lourd du vélo ! Parfois délicat en ville…”.

9h27, la table de Jeanne-Marie. Ici, 150 à 200 repas sont servis chaque jour. La poubelle remplie, que Loïc récupère en échange d’une vide, pèse 50kg. L’échange se fait rapidement, avant l’ouverture. Changement de décor, nous remontons l’avenue de Grammont, pour récupérer quatre petits contenants à la Biocoop du grand théâtre : il est 9h50. Loïc effectue une dernière halte aux Halles, au restaurant le Mastroquet, avant de se diriger vers le terrain mis à disposition par la ville de La Riche, route de Saint Genouph, nez face au vent. 

10h38, arrivée au terrain, à la frontière entre La Riche et Saint-Genouph. Après l’entrée bétonnée, qui permet d’amener le vélo cargo sans problèmes, reposent les andains (tas de compost et de paille) organisés, à l’ombre des arbres. “Le ver de terre a besoin de 70% à 80% d’humidité, d’où l’importance de cette ombre,” explique Loïc, avant de passer à la pesée. Après chaque récolte commence le rituel bien maîtrisé de celui qui effectue la collecte. L’association fait un compte rendu aux clients du poids collecté. “Ca permet aussi d’indiquer ce qu’on va donner aux vers. Un ver peut manger l’équivalent de son poids, chaque jour”. Une petite balance manuelle sert à peser les conteneurs plus légers, et un bricolage élaboré, avec un peson, permet d’évaluer le poids des bennes prêtées par la ville. “Normalement ça sert à peser les sangliers.” Ce matin, la récolte totale est de plus d’une centaine de kilos.

11h, la pesée est achevée. Il est temps de répartir le compost : d’abord, Loïc gratte la paille qui recouvre le compost des tournées précédentes, révélant au passage l’impressionnante quantité de lombrics, qui grouillent. A l’origine, l’association a acheté 60 kg de vers, dans des sacs d’1 m3. Les membres estiment que leur nombre a doublé aujourd’hui. Ensuite, à la pelle ou au coupe racines, Loïc déchiquette les morceaux un peu gros, pour faciliter le travail aux vers. Navets entiers, poireaux, chou fleurs, patates, oranges… Certains sont encore entiers, et parfois même toujours consommables. Il les dispose sur l’andain, à un endroit bien précis défini par un petit panneau, déplacé à chaque collecte. Il rince les bacs à l’eau de pluie, récupérée dans trois gros conteneurs de l’autre côté du terrain, et les vide, toujours sur le futur compost. Il rajoute enfin un peu de broyat, aussi donné par la mairie, pour la balance chimique “les déchets, c’est de l’azote, on équilibre avec du carbone (le broyat).” Avant de terminer par du fumier, qui vient du centre équestre La Galopade, à Joué-lès-Tours. 

On surfe sur la loi transition énergétique, qui fait qu’en 2023, les collectivités devront avoir une solution pour leurs déchets organiques”. Si pour l’instant, le compost n’est pas réutilisé, l’idée serait, à terme, de le revendre, et de vendre aussi les lombrics. “Ils viennent du Lot-et-Garonne, car il n’y a pas de fournisseurs en Région Centre pour l’instant”. 

Photos et texte : Lisa Darrault. 

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Legrand
Legrand
2 mois il y a

Bel exemple d’innovation sociale. Bravo à toute l’équipe bien sympathique des vers de Tours pour sa détermination à concrétiser ce beau projet de territoire.

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