Urgence climatique ou bien urgence climatique ?

« Urgence climatique » est une expression bien souvent utilisée, jusqu’à en devenir presque banalisée. Mais à quoi correspond-elle réellement ?

Le réchauffement climatique ne doit pas dépasser un certain niveau pour que les conditions de vie sur terre de nos enfants restent supportables. Il y a deux décennies, avec les connaissances de l’époque, un maximum de 2° Celsius avait été envisagé. Aujourd’hui, avec l’évolution des connaissances, cela semble beaucoup au point que l’objectif 1,5° ait été mentionné dans l’Accord de Paris.

Voyons déjà quelles sont les implications pour ne pas dépasser 2°.

Les connaissances des climatologues progressent au fil des ans. Il leur reste encore beaucoup de choses à découvrir, ou de marges d’incertitude à réduire. Cependant ils ont accumulé, au cours des multiples recherches effectuées, de nombreuses connaissances solides. Parmi celles-ci il y a la quantité totale (et définitive) de CO2 qu’il est possible d’émettre sans dépasser 2° : 800 milliards de tonnes.

Cela semble gigantesque, mais il faut le comparer aux émissions annuelles. Elles sont également gigantesques : 40 milliards de tonnes. Cela veut dire que si on arrêtait de faire croître les émissions, on aurait en tout 20 années d’émissions possibles, et la 21ème année il faudrait zéro émission pour ne pas dépasser 2°.

Bien sûr c’est impossible. La solution est de freiner rapidement la croissance des émissions, de plafonner les émissions et tout aussi rapidement de les faire décroître. Cela permettrait de préserver au départ une partie des 800 milliards de tonnes de CO2, partie disponible pour étaler dans le temps une descente progressive des émissions et arriver graduellement à zéro émission sans dépasser les 800 milliards.

Freiner rapidement la croissance et faire décroître rapidement les émissions, voilà l’urgence climatique.

Mais alors pourquoi ce titre « Urgence climatique ou bien urgence climatique ? ». Le problème est qu’il n’existe qu’un seul mot « urgence » pour désigner une multitude de niveaux d’urgence.

Prenons l’urgence climatique de 2009, du temps de la conférence de Copenhague. Le GIEC avait tracé la courbe d’émissions compatible avec les 2°. Il fallait alors sans tarder freiner la croissance, plafonner les émissions, et puis les réduire graduellement jusqu’à atteindre zéro émission en 2100.

Comparons avec aujourd’hui. Au lieu de suivre la courbe préconisée, nous avons continué à accélérer après Copenhague (+ 2 % chaque année). Nous avons donc fortement dilapidé le quota disponible d’émissions, si bien que la courbe pour rester sous les 2° n’est maintenant plus du tout la même.

Aujourd’hui le GIEC indique comme trajectoire possible un plafonnement des émissions mondiales d’ici 2020 et une décroissance forte et rapide ensuite (-75% en 2050) jusqu’à atteindre zéro émission en 2070. C’est un freinage qu’il va être difficile à effectuer. Il nécessitera les efforts convergeant de tous, des individus aux états, en passant par les communes, les communautés de communes, les départements, les régions, les entreprises, etc … (comme le laissait déjà entrevoir le PNUD en 2007*).

Cependant la courbe de freinage suggérée par le GIEC ne sera pas suffisante pour rester en dessous des 2°. Cela tient au fait que l’accélération après Copenhague nous a conduit à entamer très fortement le quota d’émissions disponible, et que d’autre part il ne serait pas réaliste d’envisager un freinage encore plus fort que celui préconisé. Devant ce dilemme, le GIEC n’a pu rendre compatible cette courbe d’émissions avec les 2° qu’en utilisant un joker. Le GIEC prévoit que, entre 2070 et 2100, il y ait des émissions négatives pour compenser le trop émis en date de 2070.

Pour qu’il y ait des émissions négatives il faudra inventer et mettre au point une technique qui permette d’extraire du CO2 de l’atmosphère et de le séquestrer. Cette technique devra être à la fois efficace, fiable dans la durée, tout en consommant peu d’énergie. Aujourd’hui il n’y a plus d’autres solutions pour rester en deçà de 2° que de faire un pari sur l’avenir.

Au travers de ces deux dates et de ces deux courbes, nous voyons qu’il y avait en 2009 une urgence climatique, de même qu’aujourd’hui il y a aussi une urgence climatique. Simplement le niveau d’urgence n’est plus du tout le même (cf. Jean JOUZEL**). Alors que faire ?

Actuellement nous commençons à peine à lever le pied de l’accélérateur. En fait nous n’avons pas seulement à lever légèrement le pied de l’accélérateur, mais bien à sauter sur la pédale de frein avec détermination.

Les lobbies climato-sceptiques et le manque de vigilance des média ont réussi à introduire un doute profond dans les consciences. Les négociations internationales au travers des COP successives conduisent à un comportement global dilatoire.

Le sursaut, si sursaut il y a, ne peut venir que de la base, que des citoyen.nes . C’est donc aux citoyen.nes conscient.es qu’il revient d’aider les autres à sortir la tête du sable***.

N’oublions pas que c’est des conditions de vie de nos enfants qu’il s’agit.

Septembre 2017

Pascal HUGO

ANV-COP21Tours

* « Dans un monde composé d’un seul pays habité par des citoyens qui partageraient le même souci de bien être des générations futures, l’atténuation du changement climatique représenterait une priorité urgente ».

Rapport mondial du développement humain 2007-2008, page 39, Programme des Nations Unies pour le Développement.

** http://www.lejdd.fr/societe/rechauffement-climatique-pour-jean-jouzel-climatologue-nous-navons-que-trois-ans-pour-agir-3409817

***

http://anv-cop21.org/
http://www.irrintzina-le-film.com/#focus
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