Manuel Aurat, coprésident du crésol

Comment définir l’économie solidaire ? Nous sommes allées à la rencontre des membres du Cré-sol, pour donner la parole à ceux qui la font. Dans le premier épisode de cette série, nous nous sommes rendues à Blois, chez Manuel Aurat, coprésident du Cré-sol.  

Muni de son chapeau, il descend sur les quais de la Loire, dans le froid. “Je vous ai vues de la fenêtre de chez moi, j’habite juste là haut !” Il s’approche de l’Arroux, le bateau à roues de son association la Marine de Loire, amarré le long du quai, et raconte : “c’est un bateau à aubes, qui était utilisé pour le commerce sur la Loire au XIXème siècle. C’est ce qui me prend le plus de temps en ce moment, nous projetons d’en construire un autre. Je travaille sur les plans. 

Une fois au chaud, chez lui, il s’installe à la table, face à la fenêtre, d’où l’on voit la Loire, et derrière, Blois. “Le vrai voyage, ce n’est pas de chercher de nouveaux paysages mais un nouveau regard.” L’explorateur illustre bien la citation de Proust : à Blois, il a su trouver toutes les passions qui l’animent. Son quotidien, partagé entre économie solidaire, navigation et photographie, est en mouvement constant. 

Les rencontres internationales appelées intersel ont fait ma culture de l’économie solidaire.

Manuel Aurat, coprésident du Cré-sol.

25 ans de vie associative. Aujourd’hui, à 53 ans, il est au chômage, et photographe sportif occasionnel pour la Nouvelle République. Lorsqu’il obtient son diplôme, il se tourne rapidement vers le monde associatif. “Après avoir passé mon diplôme de technicien de laboratoire photographique, j’ai eu du mal à trouver un travail. Dès que j’ai arrêté de chercher, un poids s’est enlevé de mes épaules.” Il découvre alors le SEL (système d’échange local) de Blois, une révélation. Il se lance dans l’aventure, en tant que bénévole :  “c’est ce qui a fait ma culture de l’économie solidaire, notamment à travers les rencontres internationales appelées intersel, qui se déroulaient à travers toute la France. Des échanges d’idées, pour faire avancer les choses, via différentes façons de faire.” 

L’économie solidaire, c’est l’humain avant tout : la qualité du travail accompli, du bon sens surtout. Le partage, la recherche d’une valeur ajoutée, pour amener un échange.

Manuel Aurat.

L’humain. En 2006, pour l’organisation du festival de Blois Les Rendez-vous de l’histoire autour du thème “L’argent, en avoir ou pas ?”, le SEL partage un stand avec le Cré-sol, qui a alors son bureau à Blois. C’est la rencontre, le déclencheur : le SEL s’intègre au Cré-sol, et depuis, Manuel y est très actif. “Je suis coprésident depuis trois ans. L’association met l’accent sur une autre façon de voir l’économie, sur ce qui existe. Et c’est l’humain en premier surtout, c’est ce qui m’a plu, cette expérience vive.

A travers ces expériences, il découvre que l’économie solidaire a aussi ses défauts : “ce n’est pas un monde de bisounours… ça met aussi en lumière certaines guerres d’égo. Soit ça te dégoûte, soit ça renforce tes convictions. Je pense qu’il ne faut pas lâcher, la vérité est quelque part. L’économie solidaire, c’est l’humain avant tout : la qualité du travail accompli, du bon sens surtout. Le partage, la recherche d’une valeur ajoutée, pour amener un échange.”  

La Loire. Une autre de ses passions l’amène à l’association dans laquelle il est le plus investi : la marine de Loire. En plus des sorties, lui et les autres membres se retrouvent plusieurs fois par semaine pour travailler sur l’Arroux, le bateau à aubes de l’association. Il regarde par la fenêtre, par laquelle on voit des flocons tomber. “Souvent, on le voit d’ici. Un matin je me suis réveillé, et avec le courant et le vent il était monté sur le quai !” Cette passion a émergé sur le tard, et par hasard. C’est en 2001, et toujours grâce au SEL, qu’il est tombé sur le stand de l’association. “Je n’y connaissais rien en bateau ni en construction, mais je me suis dit pourquoi pas. On plante des clous, on scie du bois…  J’ai commencé sans responsabilités, puis ça a mal tourné, je suis devenu président…” 

Appareil photo et téléobjectif. Malgré son choix du monde associatif, Manuel continue de vivre sa passion originale, la photographie. Parti un instant dans son bureau, il en ressort avec un Nikon D7200, équipé d’un téléobjectif : “c’est mon arme de prédilection pour les photos de sport. Je suis photographe sportif pour la Nouvelle République, le week-end.” Sa revanche sur le monde de la photo, lorsque, des années plus tôt, il n’a pas trouvé sa place : “ça me plait bien. Je ne prends jamais de photos du bateau, parce que je l’ai tout le temps sous les yeux. C’est surtout le sport qui me plaît, il faut attendre le bon moment pour déclencher. Avec l’expérience, on anticipe les déplacements, on sait ce qu’il va se passer. Et ce sont des gens, en mouvement. Quand ça ne bouge pas, il manque un truc.”  

Et pour aller plus loin : l’économie solidaire selon Manuel Aurat, en vidéo
« Je me serais lancé en auto-entrepreneur, je me serais retrouvé le bec dans l’eau ! » Rencontre avec Manuel Aurat, à Blois.

Texte, photos et vidéo : Lisa Darrault

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Mickael Laclé
Administrateur
Mickael Laclé
3 mois il y a

Tu voulais surement dire que tu avais du mal à trouver un emploi Manuel et non un travail 🙂 Sympa en tout cas d’en apprendre plus sur toi via ce portrait.

Ducelliez
Ducelliez
3 mois il y a

Bravo Lisa, beau reportage et bel écriture. Vivement les prochains

Catherine Legrand
Catherine Legrand
3 mois il y a

Le bec dans l’eau, l’homme de la Loire n’est pas un canard! Merci pour ce beau portrait d’un homme discret mais tellement cohérent dans ses actes avec ses convictions..

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