Le Troglo, supermarché tourangeau, laboratoire du vivre ensemble

Proposer des produits accessibles à tous, dans un lieu construit par le collectif. Le Troglo est un projet de supermarché coopératif et participatif à Tours. Aujourd’hui, ils sont 300 coopérateurs, sur un objectif de 400. Rencontre avec Marc Socquet-Juglard, président fondateur de l’association “les amis du Troglo”. 

Le Troglo est un projet de supermarché coopératif et participatif, peux-tu nous expliquer en quoi cela consiste ? 

Un supermarché est l’endroit où l’on fait toutes ses courses. Au Troglo, nous proposerons les courses du quotidien : alimentation, produits d’hygiène, d’entretien, culture peut-être… Par exemple, il n’y aura pas d’électroménager. Chaque membre de la coopérative sera propriétaire et décideur du supermarché. C’est la dimension participative : une décision est validée quand plus personne n’est contre, selon la méthode “par consentement”. Pour pouvoir faire ses courses, chacun devra participer 3 heures par mois : mettre en rayon, tenir la caisse, ou la comptabilité par exemple. Il ne sera pas ouvert au public : pour y aller, il faudra être copropriétaire et participer. C’est ce collectif qui permet de faire fonctionner chaque maillon. 

Quelles sont les prochaines étapes et quand prévoyez-vous l’ouverture du supermarché ? 

La première étape est d’être suffisamment nombreux : nous sommes bientôt 300 coopérateurs, sur un objectif de 400. Ce nombre atteint, nous déclencherons les financements. L’ouverture est prévue au cours du deuxième semestre 2022. Nous avons trouvé un local de 800m2 idéalement situé, à proximité du rond-point Saint-Sauveur, près des Deux Lions. L’endroit est important : près des crèches, des écoles et de l’université, avec un accès facile en tramway et à vélo. Nous nous réjouissons de débuter les travaux : il faut tout construire, installer l’informatique, recruter du personnel, établir les usages du magasin (comment réceptionner les produits, contrôler les dates limites de consommation des produits…) et former les gens. Via un logiciel de planning d’inscriptions, chacun pourra sélectionner ses horaires de présence et son poste.

Comment fait-on pour monter et faire fonctionner un tel projet ?

Nous avons d’abord créé l’association Les amis du Troglo avec un copain, qui en est devenu le trésorier, et ma compagne, la secrétaire. L’association met en réseau les personnes et structure le projet. Pour faire fonctionner un tel projet, il faut d’abord le faire connaître au plus grand nombre. Nous avons commencé par là, en expliquant l’idée. Et il faut donner un cadre, pour que les personnes qui aient envie d’y participer le puissent. Leur ouvrir les portes, faire en sorte qu’elles puissent s’investir là où elles en ont envie. Nous avons donc monté une société coopérative, l’entreprise qui gère le quotidien du supermarché. C’est un vrai laboratoire, pour tester plein de choses, chacun peut venir avec une idée : développer une micro-crèche autogérée, un journal de l’activité du quartier… Nous sommes ouverts à toutes les propositions. 

Comment s’illustre ce choix d’un supermarché qui correspond à tous ? 

L’association rassemble plus de 500 personnes. Les profils sont très complémentaires, il y a des personnes de toutes catégories socio-professionnelles : des médecins, des avocats, des caristes, des enseignants, des étudiants, des retraités… À nous tous, nous pourrions tout faire ! Nous accueillons une personne autiste, qui cherche l’épanouissement dans ce projet. C’est l’essence du Troglo : adapter cet « outil supermarché » à tous. L’idée est de mettre à disposition du plus grand nombre d’habitants de la métropole des produits de qualité, locaux si possible, à prix réduit. Nous ne proposerons que quelques produits bio, car ils sont souvent plus chers et notre priorité est l’accessibilité à tous. Nous aurons aussi un gros rayon vrac. 

En fait, l’idée, c’est un peu de faire ses courses différemment, collectivement ? 

C’est ça. Voir comment, à partir de rien, on peut travailler ou faire des choses ensemble. Nous savons tous qu’il faut du changement, mais nous avons du mal à passer à l’acte. Il faut en avoir l’envie et, pour moi, c’était un des moyens de donner envie aux gens de réfléchir un peu, ensemble. De se demander : « à qui j’achète le produit ? À qui je donne mon argent ? Qui est la personne qui met en rayon, celle qui m’encaisse ? Ah, je les connais ! J’ai bossé avec eux il y a deux mois, on s’est engueulés, ou on a passé du bon temps. »

D’où t’es venue cette idée ? 

J’ai eu un déclic. J’écoutais une émission de radio qui parlait de la Louve à Paris (le premier supermarché coopératif et participatif en France, Ndlr.), et ça a fait tilt. Ça avait l’air tellement génial, je me suis dit “je vais m’inscrire à la Louve de Tours”. Sauf qu’elle n’existait pas. Avec ma compagne, nous avons décidé de la créer. Il s’appellerait le Troglo, en référence aux habitations troglodytes de Touraine, où l’on stocke la nourriture, où l’on fait mûrir le vin. Et parfois aussi où l’on fait la fête, ça nous ressemble bien finalement.

Texte Lisa Darrault, photo Marc Socquet-Juglard

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Letuvee
Letuvee
1 mois il y a

Superbe Projet, depuis 2017 je réside dans un petit village à 12 km de Ste Maure et je recherchait une structure qui corresponde au Vivre Autrement, je m’efforcerai d’y apporter ma contribution et mon enthousiasme

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