Catherine Legrand, une vie entre transmission et convictions

Comment définir l’économie solidaire ? Nous sommes allées à la rencontre des membres du Cré-sol, pour donner la parole à ceux qui la font. Dans le quatrième épisode de cette série, nous nous sommes rendues chez Catherine Legrand, administratrice de l’association, à Joué-lès-Tours. 

On commence par l’objet que j’ai choisi, comme ça ce sera fait.” Catherine Legrand est comme ça : énergique, décidée. Pour cacher son embarras face au fait de parler d’elle, elle se lance comme on sauterait dans une piscine, d’un coup. Petite, mince, elle porte une chemise colorée et ample. Ses cheveux, blancs et courts, encadrent son visage, éclairé par un sourire lumineux. De la main droite, elle tient un ceintre, sur lequel repose une veste en lainage vert. “Je suis fille d’artisans tailleurs. J’ai baigné là-dedans depuis toute petite, cette veste est la dernière qu’on a faite ensemble, elle a 30 ans.” Très attachée à ses parents, âgés de 89 et 92 ans, elle divise son quotidien entre le temps passé avec eux, et deux associations, le Cré-sol, et ArboréSciences

La formation, fil rouge d’une vie bien remplie

Aujourd’hui à la retraite, à 63 ans, Catherine est de ceux qui utilisent leur énergie pour les autres, et pour participer à un monde meilleur, selon ses convictions. Diplômée de l’école normale en 1978, elle débute en tant qu’institutrice en Touraine. Suite à une rencontre amoureuse, elle s’installe à Paris en 1984, où elle exerce jusqu’en 1989. A l’époque, c’est l’essor de l’informatique industrielle. La jeune institutrice suit des cours du soir, au CNAM (l’établissement public de formation professionnelle), pour se mettre à niveau, “c’était une période très studieuse”. Ainsi commence son aventure au CNAM, qui deviendra, sans qu’elle le sache alors, une constante dans sa vie. “C’est un peu ma maison. C’est super important que ça existe, ça permet aux gens qui n’ont pas eu un parcours linéaire de reprendre des études.” 

En 1989, elle quitte / arrête l’Education nationale, pour effectuer un stage de formation en informatique industrielle, où elle travaille sur Ada, un langage de programmation novateur à l’époque. C’est le début de sa carrière en ingénierie d’études. Dans une société de services, elle participe au développement d’un logiciel pour les fusées Ariane 4 et 5, puis travaille à la SNCF sur le projet Astrée de suivi des trains. En 1995, elle est recrutée par Matra transport (devenu ensuite Siemens) où elle travaille durant 20 ans à l’automatisation des lignes de métro. Avec, toujours, cette constante, la formation, puisque dans le cadre de son travail, elle accompagne les employés dans la prise en main des nouveaux outils. Elle fait aussi une année de pause en 2003, pour se former :  “j’avais envie de voir ce que donnait Internet”.

Un retour à sa région natale décisif

Elle rencontre son compagnon, Thierry, en 1994. Il travaille dans le fret, à Roissy. Quand naît leur fils, Antonin, cinq ans plus tard, ils vivent dans une petite maison à Montreuil. « C’était génial, comme un village ! On vivait à côté d’un foyer malien, c’était très très mélangé, et on se connaissait un peu tous.” En 2002, à 40 ans, Thierry fait un infarctus. La même année, le père de Catherine fait une crise cardiaque, et sa mère combat un cancer de l’intestin. C’est décisif : “On a alors voulu rentrer en Touraine, où vivaient toujours mes parents. Aussi pour qu’Antonin ne vive pas son enfance en banlieue Parisienne.” En 2005, ils emménagent dans leur maison actuelle, à proximité de la gare de Saint-Pierre-des-Corps et de chez ses parents. Catherine continue pendant 11 ans à faire les allers-retours quotidiens à Paris, avant d’être licenciée dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi et de bénéficier de la retraite depuis 2018. 

Des associations en pleine évolution

Catherine se consacre aujourd’hui en grande partie au Cré-sol, qu’elle découvre en 2016, au cours d’un stage, après un master 2 à Rennes en semi présentiel, en ingénierie de la formation. “Ça faisait un moment que l’ESS me titillait, j’écoutais les carnets de campagne de Philippe Bertrand. C’est une manière de travailler en commun à la construction d’un avenir plus prometteur.” Au même moment, elle s’investit au CNAM, où elle est notamment chargée de mission numérique. Elle suit de loin le nouvel élan du Cré-sol : “on était une dizaine, on a défini les axes du Cré-sol, on a approfondi la gouvernance partagée, c’était super dynamique.” Elle revient à l’association en tant qu’administratrice en 2019. Depuis, elle fait partie du noyau dur le plus actif : elle y déploie son énergie et son inventivité entre gestion des salariés, organisation d’évènements, animations et développement d’une plateforme de e-learning. 

A leur retour à Tours, en 2005, une autre dominante fait son apparition, l’éducation populaire. Thierry se reconvertit et se lance dans l’association nationale d’éducation populaire Les petits débrouillards. Catherine et Thierry partagent la même passion pour la transmission. A la fermeture de l’antenne régionale de l’association, les membres en créent une autre : ArboréSciences, où Catherine rejoint le conseil d’administration en 2019. L’association propose des animations ludiques autour des sciences et de l’environnement et rencontre un succès notable. La reprise après les confinements entraîne une forte demande des écoles. De plus en plus, Catherine accorde ses activités avec ses convictions. Toujours en trouvant du positif et de la force dans les situations les plus dures : “D’une certaine manière, j’ai très bien vécu le Covid ! Après tous mes déplacements, ça m’a remis les pieds sur terre.” 

Et pour aller plus loin : l’économie solidaire selon Catherine Legrand en vidéo

« L’économie solidaire est un des moyens d’arriver à limiter le dérèglement climatique, et l’effondrement de la biodiversité. » Entretien avec Catherine Legrand, à Tours.

Lisa Darrault

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Ducelliez
Ducelliez
2 mois il y a

Magnifique ! Je suis très heureuse de connaître un peu mieux notre chère Catherine.

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